Poems - Français
traduction française par: Jesús Martínez Mogrovejo
à un moment moi aussi j’ai eu 70 années

je suis en train de lire
je ne sais pas si je réussirai à décrire la mer

et pourtant elle est juste là à quelques pas
vert écumant en blanc
tu la vois maintenant . . . lumière chaude et saumâtre
¿ je te l’ai bien décrite
je m’en approche

je porte encore des vêtements et aux yeux des jeunes je fais vieux
¿ comment l’expliquer

châpeau en paille
chemise blanche | lunettes noires
pantalons kaki larges | bretelles
très vieilles chaussures en cuir qui servent encore
[ suis léger je consomme peu ]
dans le sac deux pommes et un livre que bientôt feront partie de moi

combien d’années se sont écoulées depuis cette nuit éclatante

j’ai tout emmené sauf l’encre
ça se finira il n’y en aura plus
et j’oublierai ce que je voulais écrire

j’enlève mon châpeau
enfin je me retrouve nu sur le sable
je me rappelle bien de son cul entre les roches
et j’essaie de le photographier

la chemise en boule me sert d’oreiller
son dos semblait ne finir jamais
il faut que je fasse attention pour ne pas mouiller mes chaussures
¿ pourquoi te le dis-je ?

il fait aussi chaud qu’alors mais il y a moins de parfum

la vie c’est quand même un bel endroit
je croyais mourir sans elle
mais pourtant je suis là respirant encore l’iode
pendant que je m’amuse en écoutant les réponses des autres
jamais fatigué pour apprendre
je libère graduellement de la puissance en continuelle évolution

et maintenant j’ai faim



vérité et beauté

le monde s’écroule et les croyances s’écroulent
l’immeuble d’en face s’est écroulé hier
el le nôtre ne saurait quand s’écrouler
mais c’est tellement joli de se laisser emporter
parmi les murs blancs

vérité et beauté
c’est tout ce que tu dois connaître sur cette terre

ne soutiens pas un échaffaudage mal en point
¡ sois libre !
écroule-toi pour reconstruire de nouveau
fais du changement ta cohérence

¡ sort !
la quatrième dimension n’a pas de prix
¡ cours !
tant de vie à saisir
¡ cuánta vida !
les nitrosamines du caoutchouc naturel
les marbres de læptis magna
la fluctuation statistique
les interférogrammes différentiels
le flot de ricci

la mer apportera à l’homme de nouveaux espoirs
comme le rêve entraîne d’autres rêves

¡ marche !
et si tu ne peux marcher
¡ respire !
cherche la vérité et la beauté dans le monde
tu vas toujours retrouver des âmes que tu aimeras


post scriptum
à ce moment précis
la fin de tes souffrances



trois points trois traits trois points [ un epitaffio per la poesia ]

rien encore de tout ce que j’aurais voulu
maladie typique mais pas pour moi
mon front est une tranchée
et elle m’appelle d’une île lointaine
trois points trois traits trois pointss

tous les rêves doivent encore se réaliser
à un tel point que je les ai oubliés
ce fut ainsi: je ne regrette rien
mais douze petits cœurs battent légers
trois points trois traits trois points

voyageant toujours à la bouline serrée
je semblais éviter des obstacles inexistants
mais l’objectif était simplement dur
et une folie sa poursuite
trois points trois traits trois points

j’ai tout parié sur un seul tour
j’ai trop lu à mon goût
j’ai respiré beaucoup de la fumée passive au foyer des théâtres
et j’étais là juste pour respirer de la beauté
trois points trois traits trois points

un garçon malpropre qui pédale vers moi
criait • dans une autre langue • la poésie c’est dégueulasse
je n’ai pu que lui donner la raison
[ d’un autre coté j’étais dans un café ]
trois points trois traits trois points

avec le dernier coup du scorpion
je donnerais le nobel à quelques poètes sans idées
[ un epitaffio per la poesia ]
je serai encore vivant
[ peut etre je ferai le huit infiniment ]
ou peut être je mourrai avec elle

et maintenant
qu’ il faudrait enfin dire quelque chose
je me sens
j’écoute
et j’attends



lettre à l’homme qui arrive

tu grandis
j’espère que tu es sain
mais saches que personne n’est en réalité sain
à part toi

dans le monde tu n’as rien de particulier à faire
mais je te recommande de fuir si dans ta boîte à lettres
tu ne trouves que des factures ou bien de la pub

après vingt-cinq ans tout le monde est déjà vieux
toi prends-le comme un avantage
parce qu’ils auront toujours leur expérience
pour suplanter la tienne

dans ce monde il ne faut croire en rien
je te conseille simplement de te rendre compte d’une chose
même si ça te fait pleurer l’âme

j’espère que jamais tu ne perdras ta dignité
tu n’as pas besoin de prier pour la victoire
pour lutter honorablement
et si tu luttes
ne le fais pas pour essayer de niveler les différences

sois original [ en réalité ce n’est pas utile de l’être
il suffit de le sentir ]
et remets-toi à la technologie
remplis-la de poésie et de musique
jusqu’à la limite de ton imagination

essaye le sexe au-delà de la procréation
vis la passion au-delà du sexe

je veux aussi que tu te sentes seul
pour que tu t’étonnes face à la solitude

l’amour qu’on porte en soi
est un fleuve inondé
ou le lit d’une rivière asséchée

si tu aimes
ne lui donne jamais à elle/à lui l’importance qu’elle/il mérite

si on t’aime
on saura la gagner

si tu n’aimes pas
utilise ce moment-là pour connaître
les belles choses de cette vie

il y en a plus que tu ne le crois
et elles ne sont pas celles qu’on voudrait te faire croire

tout le temps qui te reste
utilise-le pour te connaître
pour faire face à la douleur avec un sourire
et écrire sur l’amour non partagé

tout le temps qu’il me reste
je vais combattre ce regret
de ne pas t’avoir à mes cotés



l’amour change

j’ai l’impression de perdre le temps
face à ce n’importe quoi qui monte

te retrouver au hasard dans un sentier de montagne
[ cela pourrait être aussi n’importe quelle ville ]
et à la moitié du chemin changer de direction
n’enlève rien à ma cohérence

en réalité ça rajoute du cœur
de la volonté
et de la beauté [ la tienne ]
à mes yeux appauvris en cynisme

parce que l’amour change

dans ces paroles aveugles à ta voix
il est évident que la réthorique
n’a même pas le poids de l’éclat de tes cheveux

te suivre me permet de m’oublier
a. le voilier :
le rêve du fracas de l’océan
aux antipodes de cette ville silencieuse
b. une amie :
la liberté qui m’a accompagné jusqu’ici
la même liberté qui m’a servi pour te retrouver
et que j’en remercie
c. moi même :
cet étrange univers d’émotions
que tout le monde considère comme un maniaque sexuel

je te choisis à l’aube
[ illusion optique ] des désirs
pour les satisfaire
les miens | les tiens | les nôtres

je n’ai pas fermé un œil hier soir
épuisé par une insomnie
moi
gros et paresseux
je forge sans repos notre grande vie

parce que l’amour change



message dans une bouteille

dans ce monde distrait
ouvre les yeux pour voir
la cruauté de l’homme
et ce sera difficile penser que je ne l’ai pas vue

ouvre les yeux pour voir
les atrocités de l’homme
et ce sera difficile de les refermer

blanc et doux comme la fleur du cotton

ouvre les yeux pour voir
la bêtise de l’homme
et ce sera difficile croire que je me suis trompé

de la même manière qu’une maison
ne tient pas compte de son heureux locataire
même dans le bonmonde vivent des gens tristes

les choses doivent changer
tout change
tout a déjà changé

et l’on ne sait pas quand
et l’on ne sait pas où
mais un jour accostera sur le port
un titanic imposant
aux bijoux luisants
rempli des gens

et tu ne sauras pas par où
et tu ne sauras pas combien
prendreras le large avec de la foi

blanc et doux comme la fleur du cotton

parce que c’est ça la vie
:
des océans d’opportunités
des millions d’aventure
des univers d’amour

se chercher
se tenir par la main

pour ne pas nous sentir perdus



nu d’homme [ fin ‘900 ]

je suis toujours en retard
peut être à cause de ça je n’arrive pas à me sentir à l’aise
… même pas à structurer un discours
¿ puis-je te toucher pendant que je te parle

je te pose la question car ça dérange beaucoup de gens
[ j’en suis désolé pour eux
:
on dirait des chiens apeurés
des petits surikats du serengeti
[ meerkat suricata suricatta ] toujours à l’affût ]
mais suis-moi
il reste peu de temps et les mots changent vite

j’aime l’humanité
grâce à ces quelques hommes qui la rendent agréable
laisse-moi te toucher
et permets que les autres soient petits à mes yeux

tu sais ce que c’est que la vie ?
plein d’endroits et plein des gens beaux
et tellement peu de temps pour les aimer
:
c’est ça la vie

je voudrais tellement résister lucide jusque la frontière
devrais-je traverser quitte à éprouver de la douleur ?
pour dédouaner un homme • dit-on •
quelques euros doivent suffire

tu sais ce qu’est le temps ?
beuacoup de pensées
et très peu de voix pour les décrire
:
c’est ça le temps

tu sais ce qu’est la chance ?
sentir qu’on est la bonne personne
au bon moment

ou sinon être avec elle